Commissie voor de Binnenlandse Zaken, de Algemene Zaken en het Openbaar Ambt

Commission de l'Intérieur, des Affaires générales et de la Fonction publique

 

van

 

Woensdag 6 februari 2019

 

Namiddag

 

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du

 

Mercredi 6 février 2019

 

Après-midi

 

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De openbare commissievergadering wordt geopend om 14.15 uur en voorgezeten door de heer Brecht Vermeulen.

La réunion publique de commission est ouverte à 14.15 heures et présidée par M. Brecht Vermeulen.

 

01 De problematiek van de uitreiking van de humanitaire visa: hoorzitting met de heer Simon Najm, voorzitter van CSCO vzw (Comité de Soutien aux Chrétiens d'Orient).

01 La problématique de la délivrance des visas humanitaires: audition de M. Simon Najm, président du CSCO asbl (Comité de Soutien aux Chrétiens d'Orient).

 

De voorzitter: Mijnheer Najm, ik geef u het woord, zodat u ons kan informeren over uw bezorgdheden alsook over de werkwijze die u hanteert voor de steun aan de christenen uit het Midden-Oosten.

 

01.01  Simon Najm: Monsieur le président, mesdames, messieurs, je ne savais pas que je devais présenter tout un texte. Ce n'est pas grave. Cela sortira du cœur et je ne dirai que la vérité de ce qui a eu lieu. Je m'appelle Simon Najm. Je suis arrivé du Liban en 1977, suite à la guerre du Liban. J'ai entrepris des études de médecine à l'Université catholique de Louvain. Aujourd'hui, je suis chirurgien orthopédiste, chef de service à l'hôpital de Nivelles qui fait partie du groupe Jolimont.

 

Aujourd'hui je suis bien davantage belge que libanais, mais je garde tout de même des sentiments vis-à-vis de mon pays natal. C'est pour cette raison que j'ai toujours voulu qu'existe un vivre-ensemble, une belle entente entre les différentes communautés au Liban et au Proche-Orient.

 

J'ai toujours milité pour soutenir les chrétiens d'Orient lors de la guerre au Liban, et lorsque la Syrie avait la mainmise sur le Liban. Fin 2013, j'ai senti que les chrétiens, encore une fois, étaient menacés en Irak, en Syrie et dans la région.

 

C'est pour cette raison que j'ai contacté les différents prêtres des paroisses orientales en Belgique et que je les ai invités à se voir. Ils étaient tous d'accord. Ils sont venus avec beaucoup d'émotion et de motivation. Nous avons décidé de nous voir régulièrement pour nous connaître plus. Je n'ai pas voulu que ces réunions avec les différentes paroisses orientales se fassent sans la présence et l'implication de l'Église latine belge.

 

Les choses se sont précipitées. J'ai parlé de fin 2013, mais en juin 2014, les fameux événements de Mossoul ont eu lieu. Ils ont précipité les choses: persécution des chrétiens et des Yézidis et déplacement des populations. C'est alors que nous avons lancé officiellement ce mouvement que nous avons appelé "Comité de Soutien aux Chrétiens d'Orient" (CSCO).

 

D'ailleurs, le gouvernement belge et le ministre des Affaires étrangères de cette période nous ont aidés à acheminer des vivres vers le Kurdistan irakien.

 

Ce comité est donc né. Son objectif est d'aider les chrétiens à rester chez eux, sur leur terre millénaire, malgré les difficultés, les persécutions et les exactions qui se répètent à travers l'histoire. Je ne dois pas vous rappeler qu'en 1915 a eu lieu le génocide arménien. Tout le monde parle de ce génocide qui est, en fait, un génocide arménien et araméen. Quand je dis "araméen", je pense aux autres populations chrétiennes. En effet, 1,5 million d'Arméniens ont été tués, mais aussi 500 000 Araméens (Assyriens, Chaldéens, Grecs antiques).

 

L'histoire se répète. Ce sont des gens qui ont quitté la Turquie. Dans le passé, il y avait 35 % de chrétiens en Turquie. Aujourd'hui, il y en a encore peut-être 2 %. Toutes ces populations sont parties en Irak et surtout en Syrie et au Liban.

 

Vous savez très bien qu'on trouve, aujourd'hui, au Liban, environ dix-huit communautés différentes qui essaient de vivre ensemble plus ou moins convenablement, même si une guerre éclate de temps en temps. Je vous rappelle la guerre civile du Liban de 1975.

 

Nous avons ressenti ce danger. Nous étions sûrs que les chrétiens étaient en danger de mort dans la région. Nous avions l'obligation de réagir avec nos faibles moyens. Nous avons donc organisé un envoi de vivres par avion militaire belge en 2014 ou en 2015. Nous avons également organisé des manifestations. Nous avons été au Parlement européen. Bref, nous avons bougé sur le terrain et sur le plan politique.

 

Depuis 2014-2015, nous avons effectué plus ou moins quinze voyages dans la région. Nous avons pris des risques. Nous sommes allés sur le front. Nous sommes allés à un kilomètre de Daech. Nous avons écouté la population. Nous nous sommes rendus dans les camps de réfugiés. Nous ne voyions pas que les chrétiens, nous voyions tout le monde, y compris et même surtout les Yézidis car, selon moi, c'est une population qui a encore plus souffert que les chrétiens. C'est une population qui ne reçoit d'aide de personne.

 

C'est pour cette raison que, à chaque voyage, nous sommes partis en équipe avec des parlementaires, des journalistes ainsi que des membres du Comité de Soutien aux Chrétiens d'Orient. Personnellement, je me suis rendu en décembre 2015 au Kurdistan irakien ainsi que dans le nord-est syrien. Ce fut un voyage très éprouvant, tant physiquement que moralement, et je ne fus pas le seul à avoir les larmes aux yeux lorsque nous avons rencontré les familles dans les camps. Des familles désespérées, qui n'ont plus envie de vivre, ni de retourner chez elles, et qui cherchent le moyen de partir à tout prix.

 

Il est vrai que, l'année suivante, certaines de ces familles hésitaient entre rester chez elles et partir vers l'inconnu. Ce sont précisément ces familles-là que nous avons cherché à aider. Le but du CSCO est d'aider les gens à rester chez eux. C'est pour cette raison que nous avons ouvert des dispensaires (les familles concernées ayant besoin d'être soignées), des écoles, des maisons d'accueil ainsi qu'une maison visant la réinsertion dans la société et le soutien psychologique des femmes et filles irakiennes. Nous avons également ouvert des écoles et des dispensaires à Qamichli, dans le nord-est syrien.

 

Nous nous sommes dit que nous n'avions pas le choix, que tous ces voyages effectués dans la région devaient être documentés. Lorsque je vous ai parlé du génocide de 1915, la majorité de la population et ceux qui ont connaissance du problème pensent qu'il s'agit d'un génocide arménien. C'est faux. Si certains pensent qu'il s'agit d'un génocide arménien, c'est parce que ce sont les Arméniens qui ont laissé des traces écrites et des photos. Au sein de ce groupe, nous avons décidé de documenter nos voyages, d'écrire, et nous avons dès lors édité un livre intitulé Chrétiens d'Orient, mon amour. Cet ouvrage est vendu en librairie et par notre association. Il contient de nombreuses informations sur nos voyages, mais aussi des informations historiques afin que le public n'oublie pas ce qui s'est passé dans la région à la suite de l'extrémisme inculqué par Daech.

 

Notre souhait est d'aider les gens à rester là-bas. Mais par ailleurs, vu que nous sommes connus au sein de toutes ces communautés, il est vrai que nous avons reçu pas mal de demandes: "Ma famille est encore à Alep ou à Qamichli en Syrie. N'y a-t-il pas moyen de la faire venir?" Ma réponse, et celle de notre groupe, était: "Non, nous aidons les chrétiens à rester là-bas, et nous n'allons pas rentrer dans un rapatriement en Belgique."

 

Quand la présidence m'a demandé si je pouvais témoigner, j'ai répondu positivement car même si nous ne sommes pas impliqués, ou que notre but n'est pas de faire venir les gens de là-bas, j'ai voulu venir ici pour témoigner et répondre à vos questions, par transparence et par clarté.

 

Je ne sais pas si je dois encore ajouter quelque chose ou si je réponds à vos questions.

 

De voorzitter: Dank u wel. Gelieve een aantal zaken te noteren als er vragen of tussenkomsten zijn, dan kunt u achteraf antwoorden. Ik zal nu eerst alle commissieleden die het wensen het woord geven, dan kunt u daarna een globaal antwoord geven.

 

01.02  Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen): Dank u voor uw getuigenis. Ik heb slechts een korte vraag voor u. U hebt uiteraard een netwerk. Hebt u ooit weet gekregen van het misbruik en de fraude inzake humanitaire visa dat in de actualiteit is geweest? U hebt de kranten gelezen en u weet wat er fout is gelopen. Hebt u daar ooit iets over gehoord?

 

Ten tweede, u zegt dat uw werking er vooral op gericht is om de mensen ter plaatse te houden in zo goed mogelijke omstandigheden. Uw organisatie heeft dus niet meegewerkt aan die grote collectieve reddingsoperatie via humanitaire visa. Wat is de reden daarvoor? Hebt u daar de capaciteit niet voor? Hebt u zelf bezwaar tegen dat soort operaties?

 

01.03  Julie Fernandez Fernandez (PS): Monsieur Najm, je commencerai par me joindre aux remerciements de mon collègue pour votre témoignage, dont je sens qu'il vient du fond du cœur.

 

Vous nous dites que vous avez parfois été sollicité par certaines personnes qui, légitimement, étaient inquiètes au sujet de membres de leur famille qui se trouvaient en zone de conflit.

 

Avez-vous été contacté par le secrétariat d'État, M. Francken, quelqu'un qui aurait été délégué par ce dernier ou encore des intermédiaires pour vous proposer de créer un couloir humanitaire pour sortir les gens de cet enfer?

 

Par ailleurs, vous connaissez le scandale qui nous réunit aujourd'hui et nous bouscule, et vous êtes quelqu'un de reconnu dans votre communauté. Auriez-vous eu vent de rumeurs selon lesquelles il était possible, en échange d'une somme d'argent importante, d'obtenir des visas humanitaires via un canal privilégié?

 

01.04  Nahima Lanjri (CD&V): Ik wil u ook bedanken voor uw toelichting.

 

Eerst en vooral wil ik zeggen dat wij enorm waarderen wat u heeft gedaan in de regio. U hebt ook ter plekke mensen geholpen door humanitaire hulp te geven. Dat is heel knap!

 

Deze hoorzittingen worden eigenlijk georganiseerd in het kader van het gebruik en het misbruik van humanitaire visa. Mijn vraag is dan ook in hoeverre u op de hoogte was van de mogelijkheid om humanitaire visa aan te vragen. Heeft u dit pertinent geweigerd of zijn er mensen die u wel de juiste weg hebben gewezen? Hoe heeft u die mensen doorverwezen? Hebt u ze doorverwezen naar de diplomatieke post? Of heeft u hen gezegd dat er mogelijkheden waren via reddingsoperaties naar ons land? Wij hebben daar gisteren twee getuigenissen over gehoord. Twee keer werden hierdoor zowat 250 mensen naar ons land gebracht. Daarna kwamen er nog eens 150 mensen.

 

Enerzijds is er de mogelijkheid op een humanitaire reddingsoperatie. Anderzijds bestaat de mogelijkheid dat mensen individueel bij onze diplomatieke post een humanitair visum aanvragen. De kans bestaat dat zij op zo'n individuele aanvraag een positief antwoord krijgen, maar dit is geen zekerheid.

 

Hebt u daar bewust nooit gebruik van gemaakt? Heeft u de mensen wel doorverwezen? Wist u van de normale wegen, zonder misbruik? Heeft u gehoord van mensen, die u ter plekke heeft geholpen, dat er ook systemen werden opgezet waarbij er sprake was van fraude en er werd betaald voor een visum om naar België te komen? Wist u dat? Heeft u ooit dergelijke vragen gekregen? Heeft u in dat kader ooit contact gehad met de Dienst Vreemdelingenzaken in België, onze ambassade in het buitenland of het kabinet van de voormalige staatssecretaris Francken?

 

01.05  Georges Dallemagne (cdH): Monsieur le président, je félicite le docteur Najm pour son travail, pour son combat. Je souligne que, contrairement à ce qu'on peut parfois entendre, la solution ne consiste pas à vider le Proche-Orient et le Moyen-Orient des communautés chrétiennes. Beaucoup de chrétiens cherchent à rester sur place et ne veulent pas être déracinés. Il y a certes des situations exceptionnelles qui méritent un secours et éventuellement un accueil humanitaire à travers le système de visas humanitaires mais, la plupart du temps, beaucoup d'autres moyens d'action sont indispensables.

 

L'aide que le docteur Najm fournit ne bénéficie pas aujourd'hui du soutien du gouvernement belge. Même s'il y a eu une aide ponctuelle au départ, ce dernier est donc très absent dans ces régions pour aider les personnes qui sont déplacées et qui méritent pourtant tout notre soutien en matière de reconstruction et de protection.

 

Monsieur Najm, quelle est votre connaissance du trafic de visas humanitaires? Était-ce connu? Cela concernait-il la partie francophone du pays? Avez-vous été en contact avec Melikan Kucam? Que savez-vous à ce sujet?

 

01.06  Monica De Coninck (sp.a): Mijnheer Najm, bedankt voor uw toelichting. Ik heb een vraag over Syrische christenen. Uit onderzoek blijkt dat Syrische christenen zich veel minder laten registreren als vluchteling bij de organisaties van de VN. Dat komt heel zelden voor. Vandaar misschien dat de Verenigde Naties de problematiek onderschatten. Hebt u zicht op de redenen waarom Syrische christenen minder vluchten of zich minder officieel laten registreren als vluchteling?

 

01.07  Hendrik Vuye (Vuye&Wouters): Dokter, ik dank u ook voor uw uiteenzetting. Ik weet niet of u de laatste dagen de debatten gevolgd heb maar er was veel te doen over het criterium kwetsbaarheid en over het feit dat de staatssecretaris erop aandrong dat men voornamelijk christenen een humanitair visum zou geven. Ik heb u daarnet ook horen spreken over de jezidi's. U hebt gewezen op hun grote kwetsbaarheid. Als we het hebben over de kwetsbaarheid van vluchtelingen, is de religie daarbij dan een pertinent criterium volgens u?

 

Quand on parle de vulnérabilité, peut-on estimer que la religion est un critère pertinent? Les chrétiens d'Orient sont-ils réellement plus vulnérables que d'autres minorités religieuses?

 

01.08  Aldo Carcaci (PP): Monsieur le président, je m'associe à mes collègues pour remercier M. Najm pour son exposé venant du cœur.

 

Je ne poserai pas de questions. Il y en a un nombre suffisant qui se rejoignent plus ou moins toutes.

 

Monsieur Najm, je voudrais vous féliciter pour votre action sur le terrain, qui est réellement humanitaire et qui n'est pas des plus faciles. Vous faites en sorte qu'on n'ajoute pas un problème à un autre problème aux gens vivant déjà des moments difficiles. Vous travaillez pour qu'ils puissent rester chez eux, sur leurs terres.

 

Pour avoir effectué un voyage à Alep et y avoir rencontré tous les représentants des cultes, je peux vous dire que ceux-ci affirmaient que c'était sur place qu'il fallait les aider, que la communauté internationale devait agir. Ils disaient que les jeunes qui étaient syriens ou se prétendaient être syriens pour quitter la guerre étaient des jeunes désirant partir depuis bien longtemps. Or souvent leur régime ne leur permettait pas de sortir de chez eux. Dès lors ils profitaient de la possibilité de quitter le pays pour des raisons de guerre et humanitaires mais il s'agissait, en fait, d'immigration.

 

Je suis ravi, monsieur Najm, de votre travail qui mérite tout notre soutien car c'est là-bas qu'il faut aider les personnes. Ce n'est pas en les expatriant ici que nous allons résoudre le problème. Cela donne bonne conscience à certains mais je ne crois pas que ce soit la bonne solution.

 

De voorzitter: Wenst nog iemand het woord?

 

01.09  Sarah Smeyers (N-VA): Mijnheer Najm, ik kan mij alleen maar aansluiten bij de andere sprekers: u streeft een heel humanitair en nobel doel na met uw werk en u slaagt daar ook in.

 

Aansluitend op wat de laatste spreker zei, denk ik dat opvang in de regio of in eigen land, indien mogelijk natuurlijk, heel belangrijk is. Het zorgt ervoor dat de christenen niet ontheemd worden en niet moeten vluchten. Wij hebben dezelfde visie en in de mate van het mogelijke moet dat de bedoeling zijn.

 

U kent het ruimer kader en de opzet van de commissie. U weet wellicht ook dat er een humanitaire corridor op poten was gezet door onze regering, waarbij humanitaire visa werden gegeven aan voornamelijk Syrische christenen. Ik vermoed dat u, vanuit uw organisatie, met verschillende andere organisaties in contact stond. Gisteren ontvingen wij de Sint-Egidiusgemeenschap. Ik vermoed dat die organisatie u niet vreemd is.

 

Had u goede contacten en werkafspraken met die organisaties? Kende u ook hun doel en werking en had u op die manier weet van het werken met lijsten van mensen? Uit de hoorzittingen van de voorbije dagen hebben wij al geleerd dat het vooral om Syrische christenen ging die hier al familie hadden. Omwille van de familieband werd er dan geopteerd om hen met een humanitair visum naar België te laten komen. Kende u die organisaties en hun werking? Wist u hoe zij te werk gingen?

 

01.10  Véronique Waterschoot (Ecolo-Groen): Monsieur Najm, je me joins aux remerciements exprimés par l'ensemble de mes collègues pour votre témoignage ainsi que pour le travail que vous permettez de réaliser sur place en matière d'accueil. C'est certainement indispensable, comme la voie des visas humanitaires l'est aussi - je pense - dans des situations de conflits et d'extrême urgence.

 

J'entends que vous allez souvent sur le terrain, vous ou des représentants de votre Comité. Avez-vous, en particulier, reçu des demandes de la part de chrétiens syriens qui souhaitaient quitter une région ou une autre, un camp ou un autre? Est-ce notable par rapport à d'autres tels que des Yézidis que vous évoquiez, par exemple?

 

Par ailleurs, j'imagine que vous disposez de réseaux fonctionnels afin de réussir à acheminer de l'aide. Dans ce cadre-là, l'une ou l'autre collaboration s'est-elle établie soit avec Sant'Egidio, qui a organisé deux rapatriements de groupes de Syriens, soit avec le cabinet de M. Francken?

 

Hier, nous apprenions de la part de l'ambassadeur qu'une fois que le visa humanitaire et l'autorisation sont décernés, l'ambassade doit inviter les personnes qui vont recevoir ce visa à se présenter à elle, au Liban en l'occurrence. Je me demandais donc comment le cabinet de M. Francken faisait pour transmettre cette invitation de se rendre à l'ambassade. À travers vos réseaux, avez-vous pu aider à la transmission de cette information?

 

Enfin, avez-vous entendu parler des rumeurs concernant M. Kucam et des dérives en la matière?

 

01.11  Françoise Schepmans (MR): Monsieur Najm, à l'instar de mes collègues, je vous remercie pour le travail que vous accomplissez et que vous nous avez livré cet après-midi.

 

Nous avons beaucoup parlé des critères de vulnérabilité. De façon générale, je souhaiterais savoir si, à côté de ces critères de vulnérabilité, vous voyez d'autres critères qui devraient être pris en considération dans le cadre du traitement de ces visas humanitaires.

 

De voorzitter: Zijn er nog verdere vragen? Niemand? Dan geef ik het woord aan de heer Najm.

 

01.12  Simon Najm: Mesdames, messieurs, merci pour vos questions. J'ajouterai deux ou trois éléments avant d'y répondre.

 

Dans notre groupe, nous sommes une quarantaine; nous sommes tous bénévoles. Nous payons de notre poche tous les voyages que nous effectuons là-bas. Nous n'avons pas de frais de fonctionnement. Tous les dons que nous recevons servent à soutenir nos projets là-bas. Voilà une première remarque.

 

Deuxièmement, il est vrai que les projets que nous soutenons là-bas sont réalisés dans une zone plutôt chrétienne, mais ils sont ouverts à tout le monde. De nombreux Yézidis viennent dans nos centres, et certains musulmans  aussi. Notre but est d'aider les chrétiens, mais nous sommes ouverts à toutes les personnes et à toutes les familles en difficulté.

 

Pour répondre à vos questions, j'ai dit que j'avais eu des demandes. En effet, pas mal de gens sont venus me voir à la messe, ou à Bruxelles le dimanche à 11 h 30, ou bien au monastère Saint-Charbel à Bois-Seigneur-Isaac, à côté de Braine-l'Alleud. Les gens venaient et me sollicitaient pour faire venir des gens qu'ils connaissaient, ou leur famille, ou des voisins, ou des connaissances, parce que la situation était dramatique en Syrie. Ma réponse était toujours la même. Je répondais avec un vrai pincement au cœur que j'étais désolé, mais que notre mission au sein de ce groupe n'était pas de faire venir les gens de là-bas. "Moi, je ne m'en occupe pas". Et je ne m'en suis pas occupé. Jamais je n'ai sollicité quelqu'un, entre autres le cabinet, pour faire venir une famille ou une personne de Syrie ou d'Irak. Donc, non, je n'ai jamais sollicité un politique pour faire venir une famille. En effet, notre but social, notre souhait, est de les aider à rester là-bas.

 

Par contre, les personnes qui venaient nous demander de l'aide, parce que leur famille était là-bas et voulait rester, mais que ces gens n'avaient pas de mazout pour se chauffer, nous les aidions. Nous n'acheminons pas des choses de Belgique; cela est fini. Par contre, nous avons des moyens financiers que nous mettons à disposition des familles, via les paroisses, les prêtres et des ONG locales, tout en surveillant tout ça.

 

Car n'oubliez pas que nous sommes en Orient, où la pauvreté incite parfois les gens à tricher ou à avoir des bénéfices pour eux ou pour leur famille. Nos déplacements étaient d'abord pour voir la situation et la vivre avec ces familles sur place, mais aussi pour vérifier si le soutien financier qu'ils recevaient était bien utilisé. Je demande toujours un rapport ou une information tous les trois mois pour que l'aide financière soit remise. On ne donne jamais l'argent en un bloc, l'aide est échelonnée par petites sommes, pour un projet bien déterminé.

 

Concernant les couloirs humanitaires, oui, je connais Sant'Egidio, je reçois de temps en temps une invitation pour un événement, une manifestation, une présence. Mais je n'ai jamais eu de réunion avec les responsables de Sant'Egidio. Je ne les connais pas.

 

Nous nous entêtons à dire que nous sommes désolés. Je comprends les familles qui ont envie de partir, je comprends la souffrance des familles qui sont sous les bombardements, qui ont perdu leur maison, qui ont envie de partir, qu'elles soient pauvres ou riches. Il n'y a pas de différence: quand on n'a plus de maison, qu'on n'a plus d'usine, on devient pauvre du jour au lendemain. Je suis vraiment désolé pour ces familles-là. C'est pas moi, c'est la communauté internationale. Il faut qu'elle assume ses décisions.

 

Je ne vais pas rentrer dans le fond de la politique, la présence du régime syrien aujourd'hui, ce qu'il faudrait faire. Je ne veux pas rentrer dans ces discussions-là. La communauté internationale est responsable. L'Europe n'a pas d'armée, l'Europe ne pèse pas sur le plan militaire, l'Europe, c'est vraiment l'aide humanitaire. Mais on aurait peut-être pu faire mieux vis-à-vis de ces populations avant d'arriver à ce problème de désastre humanitaire, que ce soit en Irak ou en Syrie. Et si on ne fait rien, ça va être le tour du Liban. Je ne vais pas rentrer dans les détails non plus du Liban, avec la présence de milices armées qui dictent leur loi. Si l'Europe ne bouge pas et n'intervient pas, vous allez avoir énormément de réfugiés en Europe. Il faut vraiment revoir la politique belge et européenne pour éviter ce flux de réfugiés et ces guerres.

 

La question de savoir si les chrétiens syriens ne s'enregistrent pas via les Nations Unies est une question pertinente. Effectivement, ils ne s'enregistrent pas. En préparant ma venue, j'ai tenu à me renseigner auprès de sources sûres. J'ai donc posé la question au ministre libanais des Affaires sociales. Il m'a répondu qu'il n'y avait pas un seul réfugié syrien dans les camps au Liban, pour la bonne et simple raison que les chrétiens refusent d'aller dans des camps au Liban. Ils sont tous hébergés dans des monastères et des églises ou louent de petits appartements. Pour eux, le Liban n'est qu'une étape avant un départ définitif. Autrement dit, les chrétiens syriens ou irakiens qui se trouvent au Liban cherchent à partir. Ils sont en attente d'un visa pour le Canada, les États-Unis ou autre. Il n'y a donc pas de réfugiés dans les camps.

 

J'en viens à présent aux critères de vulnérabilité. Personnellement, je suis chrétien et pratiquant, mais je suis quelqu'un qui aime vivre en harmonie avec les musulmans, les juifs, les laïcs, etc. Je suis arrivé en Belgique à l'âge de 18 ans. Je suis belge, je partage vos valeurs de démocratie, mais pour qu'un politicien s'affiche comme chrétien, il faut vraiment un miracle. Pourquoi un chrétien n'ose-t-il pas s'affirmer comme chrétien? De même, un juif doit pouvoir s'affirmer comme juif, un laïc doit pouvoir oser dire qu'il ne croit pas, etc. Nous sommes en démocratie!

 

Il est vrai que les chrétiens souffrent énormément dans la région depuis plusieurs dizaines d'années, et leur nombre ne fait que diminuer. En 2003, du temps de Saddam Hussein (dictateur ou pas dictateur), avant les invasions irakienne et américaine en Irak, il y avait 1,5 million de chrétiens en Irak. Aujourd'hui, combien reste-t-il de chrétiens en Irak? Si nous voulons être positifs, je dirais 250 000 ou 300 000, mais c'est faux.

 

Un membre du CSCO vient de revenir de la région de Ninive en Irak. Il affirme qu'il y en a 150 000. Nous avons lutté; nous avons sollicité des organisations internationales, comme l'Aide à l'Église en détresse (AED) et d'autres associations américaines, pour qu'elles nous aident à faire revenir des familles. Aujourd'hui, 6 000 familles sont revenues à Teleskuf. Mais le reste?

 

Il y a énormément de problèmes. Un problème politique subsiste dans la plaine de Ninive: les mésententes entre le Hachd al-Chaabi, la milice iranienne, et les Kurdes, entre les Kurdes et le gouvernement irakien au sujet d'une délimitation de territoire. Le problème n'est pas résolu et les chrétiens ne sont pas en sécurité. Il y a toujours des pressions, des persécutions. Ce problème politique pèse énormément sur la situation.

 

Par ailleurs, l'État irakien ne veut pas investir un dollar dans les zones chrétiennes en Irak. Bon sang! Ce sont des êtres humains au même titre que les musulmans et les chiites! Que répond le gouvernement irakien aux sollicitations chrétiennes? "Sollicitez l'Europe" car, pour eux, l'Europe est chrétienne, même si ce n'est pas le cas, et pour eux, les chrétiens sur place sont à l'image de vous, des valeurs européennes, de l'histoire de l'Europe.

 

Oui, les chrétiens sont les plus vulnérables. Un chrétien qui quitte son pays, que ce soit l'Irak ou la Syrie, ne revient plus. C'est fini! Quand il vient en Belgique, en France, en Europe, il goûte aux valeurs de la démocratie, à la valeur de pouvoir pratiquer sa croyance librement. Il ne veut plus retourner là-bas. En revanche un musulman qui quitte sa région à cause de Daech par exemple, lui, le jour où Daech est parti, il revient. Ils sont d'ailleurs tous revenus et s'entendent. Donc oui, le critère religieux est déterminant. Les chrétiens sont beaucoup plus vulnérables que les autres.

 

Il faut savoir aussi que si les sunnites et les chiites se battent, ils commencent par taper sur les chrétiens. Toutes les excuses sont bonnes pour persécuter les chrétiens et pour les pousser à brader leurs maisons et partir. Mais imaginez un instant un Orient sans ces chrétiens. Imaginez qu'il n'y ait plus de chrétiens ni en Irak ni en Syrie. L'Orient sera livré à l'intolérance et à l'extrémisme. Et puis ce sera le tour de l'Europe. Les extrémistes vont pousser ici. D'ailleurs certains sont nés ici. Ce n'est pas à vous que je dois le dire. Soit.

 

Donc oui, ils sont vulnérables.

 

Étais-je au courant des visas humanitaires? Oui, je savais que certaines personnes ou certains prêtres désignaient des familles. Mais je ne m'en suis jamais mêlé. Ce n'est pas mon travail. Pour faire venir des gens de Syrie ou d'Irak en Belgique, il y a un gouvernement, il y a un État qui l'assume.

 

Je dirais même plus, lors d'une de nos réunions du conseil d'administration du CSCO, quelqu'un a dit qu'il fallait aider ceux qui étaient là. Nous avons tous refusé; sauf à les aider financièrement. Cela, oui, nous avons bien voulu. S'ils ont besoin de meubles, nous leur en trouvons. En majorité, ils ne comprennent pas le français. S'ils ont besoin d'une aide administrative, nous sommes là.

 

Si la Belgique a décidé de les faire venir, c'est peut-être à juste titre. Je ne lance pas la pierre à ceux qui ont demandé à venir ni à ceux qui les ont aidés à sortir. Qui suis-je pour dire à telle famille qu'elle doit rester à Alep, sous les bombardements? Si ces personnes veulent partir, qu'elles partent mais sans mon soutien, ni mon aide.

 

01.13  Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen): Monsieur, si vous permettez, vous dites avoir été au courant des corridors humanitaires, mais la question était plutôt de savoir si vous connaissiez les rumeurs de fraude ou de corruption dans l'organisation de ces corridors.

 

01.14  Simon Najm: Non, je n'ai jamais entendu parler d'une fraude ou d'un paiement. Il faut laisser la justice faire son travail mais si les faits sont avérés, je trouve que c'est vraiment écœurant de profiter de la faiblesse de personnes, de familles qui sont diminuées et atteintes physiquement et psychiquement. En plus de tout cela, on les vole. C'est dégueulasse! C'est écœurant! Laissons la justice faire son travail!

 

M. Dallemagne a touché un point très important. Si mes informations sont exactes, un ministre de la Coopération va bientôt se rendre au Kurdistan irakien. Il est dommage que la Belgique doive financer des projets dans la région via des associations internationales et non pas via des petites associations comme nous, bénévoles et qui vont sur le terrain. On pourrait aider les populations locales de manière plus efficace et surtout les aider à rester chez elles.  

 

Je ne sais pas si j'ai répondu à toutes les questions. N'hésitez pas si j'en ai oublié!

 

De voorzitter: Heeft iemand bijkomende vragen? Voldoen alle antwoorden?

 

01.15  Hendrik Vuye (Vuye&Wouters): Ik dank u voor uw antwoord op de vraag naar de kwetsbaarheid. U antwoordt heel overtuigend en wijst op het feit dat de christenen daar kwetsbaar zijn. U zegt op een bepaald ogenblik ook dat de reactie in het Midden-Oosten erin bestaat om te kijken naar Europa, dat christelijk is. U hebt daar zeer terecht aan toegevoegd dat Europa dat eigenlijk niet meer is. Ik ben het volledig met u eens, maar het klopt natuurlijk wel dat er, net voor die Syrische christenen, humanitaire corridors werden geopend. In zekere zin klopt het beeld, dat men heeft in het Midden-Oosten, voor een stuk nog wel.

 

Mijn vraag ging over religieuze minderheden, want er zijn nog andere minderheden. U hebt op een bepaald moment in uw uiteenzetting gesproken over de jezidi's en gezegd dat zij ook bijzonder kwetsbaar waren. Als ik het mij goed herinner, hebt u zelfs gezegd dat zij kwetsbaarder waren dan de christenen. Zo'n groep kan natuurlijk niet rekenen op een Europa dat interesse betoont.

 

Wat ik heb onthouden van de verklaringen van de heer Geleyn en Sant'Egidio van gisteren dan klopt wat u zegt. Ik deel uw overtuiging – Europa is niet meer christelijk. Er zijn echter wel nog zeer veel christelijke organisaties actief in Europa die zich zorgen maken over die christenen en initiatieven nemen voor hen.

 

Wat gebeurt er met die andere groepen? Wat is de situatie van de jezidi's, die hier niet op dezelfde of toch minder sympathie kunnen rekenen?

 

01.16  Simon Najm: Je suis d'accord avec vous. Quand j'étais dans la région en 2015, on a visité des camps yézidis et chrétiens. C'était lamentable. J'ajoute qu'il est vrai que les familles chrétiennes qui sont arrivées, je les rencontre à la messe. Ils remercient la Belgique, ils remercient le gouvernement qui les a extirpés de là-bas. Ce sont des gens qui vont bien s'intégrer. Il n'y a jamais eu de problème avec des familles chrétiennes qui sont venues suite à la guerre du Liban ou maintenant. Ce sont des gens qui remercient la Belgique de les avoir aidés.

 

Le fait de les sortir, ce n'était pas ma mission. S'ils devaient venir ici, ce n'est pas via notre association.

 

J'espère que la Belgique pourra aider notre association à faire son travail là-bas. L'argent que la Belgique donne aux Nations Unies via le ministère de la Coopération, il est dilué, il n'est pas visible. On ne voit pas que c'est la Belgique. Par contre, il y a d'autres pays européens qui soutiennent un projet bien spécifique et bien clair et on dira: "La Belgique a fait ce projet". Ce projet ne doit pas être fait pour les chrétiens. On peut choisir une ville en Irak où il y a des Arabes musulmans, des sunnites, des chiites, des chrétiens, des Yézidis ou des Shabaks. Par exemple, Batnaya est une ville qui peut rassembler différentes ethnies.

 

Je ne demande pas qu'on n'aide que les chrétiens, je demande que les chrétiens soient considérés comme tout autre être humain. C'est surtout cela ma conclusion. La Belgique peut être visible en soutenant un projet bien clair qui sert les communautés là-bas et qui les aide à vivre ensemble à nouveau. Pour laver le cerveau de certaines personnes sunnites qui ont combattu avec Daech, il faut un peu plus qu'un an. Il faut peut-être cinq ans pour que ces personnes comprennent qu'on peut vivre avec autrui sur le même sol.

 

De voorzitter: Niemand heeft nog vragen? Dan wil ik u allen danken voor uw aanwezigheid.

 

Merci monsieur Najm pour votre présence, votre discours et vos réponses aux questions.

 

Daarmee kan ik de vergadering afsluiten en wens ik iedereen nog een fijne dag.

 

01.17  Simon Najm: Merci, monsieur le président. Merci, mesdames et messieurs.

 

De openbare commissievergadering wordt gesloten om 15.17 uur.

La réunion publique de commission est levée à 15.17 heures.