Gemeenschappelijke vergadering van het Federaal Adviescomité voor Europese Aangelegenheden en van de commissie voor de Buitenlandse Betrekkingen

Réunion commune du Comité d'Avis fédéral chargé des Questions européennes et de la commission des Relations extérieures

 

van

 

Dinsdag 21 februari 2017

 

Voormiddag

 

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du

 

Mardi 21 février 2017

 

Matin

 

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01 Gedachtewisseling met de heer Jean-Claude Juncker, voorzitter van de Europese Commissie.

01 Échange de vues avec M. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

 

Voorzitters: de heer Siegfried Bracke, voorzitter van de Kamer van volksvertegenwoordigers en van het Adviescomité voor Europese Aangelegenheden en mevrouw Christine Defraigne, voorzitster van de Senaat.

Présidence de M. Siegfried Bracke, président de la Chambre des représentants et du Comité d’Avis chargé des Questions européennes et de Mme Christine Defraigne, présidente du Sénat.

 

De heer Siegfried Bracke, voorzitter van de Kamer van volksvertegenwoordigers, en mevrouw Christine Defraigne, voorzitster van de Senaat, onthalen de heer Jean-Claude Juncker, voorzitter van de Europese Commissie, aan de ingang van het halfrond. Zij nemen plaats aan het bureau.

M. Siegfried Bracke, président de la Chambre des représentants, et Mme Christine Defraigne, présidente du Sénat, accueillent M. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à l’entrée de l’hémicycle. Ils prennent place au bureau.

 

De vergadering wordt geopend om 11.05 uur.

La séance est ouverte à 11.05 heures.

 

Hebben plaatsgenomen op de regeringsbank:

Ont pris place sur le banc du gouvernement:

- de heer Dirk Van der Maelen, voorzitter van de commissie voor de Buitenlandse Betrekkingen;

- mevrouw Marianne Thyssen, Europees commissaris;

- M. Philippe Courard, président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles;

- Herr Alexander Miessen, Präsident der Parlaments der Deutschsprechigen Gemeinschaft.

 

01.01  Siegfried Bracke, président de la Chambre: Monsieur le président de la Commission européenne, cher monsieur Juncker, chers collègues, c'est pour moi et pour nous tous un grand plaisir d'accueillir au parlement belge le président de la Commission européenne, selon une tradition qui semble désormais bien établie.

 

Je voudrais vous souhaiter une très cordiale bienvenue, monsieur Juncker, et vous remercier d'avoir répondu à notre invitation. Je suis conscient que votre agenda est des plus chargés, mais nous avons l'avantage d'habiter la même rue.

 

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que nous avons l'honneur de recevoir le président de la Commission européenne pour un échange de vues. En octobre 1992, nous avons reçu la visite du président Jacques Delors. En mars 1997, nous avons eu un échange avec Jacques Santer sur les défis de la Conférence intergouvernementale. Et en juillet 2006, M. Barroso est venu nous entretenir de l'avenir de l'Union européenne.

 

Het is met veel belangstelling dat wij met u van gedachten zullen wisselen over Europa en de EU. Het is een Europa, dat weliswaar een crisis doormaakt, maar crisissen zijn uitdagingen en uitdagingen zijn hefbomen om de toekomst te verbeteren.

 

Het gaat hier ontegenzeggelijk over een veelomvattend en indringend vraagstuk, dat bovendien brandend actueel is en, in tegenstelling tot sommige andere items, brandend actueel zal blijven.

 

Nu tal van burgers zich niet langer in de Europese Unie herkennen, moeten wij nadenken over wat ons kan verbinden. Men wordt geen Europees burger, omdat een verdrag dat zo heeft verordend. Een Europees identiteitsgevoel kan natuurlijk ook nooit worden opgedrongen, maar wij kunnen en moeten dat gevoel wel proberen te sturen. Wij moeten de Europese burgers enthousiasmeren door hen een Europa te tonen, dat daden stelt, dat de barricades opgaat, dat creatief durft te zijn en dat blijk geeft van lef als de omstandigheden dat vereisen.

 

Une Europe qui acquiert davantage de légitimité en oubliant quelque peu les règles à partir desquelles elle a été constituée. Une Europe qui sort de la bulle dans laquelle elle a parfois tendance à se complaire au détriment des peuples qui la composent. Quel modèle européen de société voulons-nous et quelle est la finalité même du processus d'intégration européenne?

 

Alors que l'avenir de l'Europe a aujourd'hui le visage d'une menace, ces deux questions sont au cœur même des discussions entamées à Bratislava en septembre dernier par les chefs d'État ou de gouvernement des vingt-sept États membres de notre Union.

 

Zoals onze eerste minister er vorige week in de Kamer aan heeft herinnerd, is het de bedoeling dat die debatten tegen de 60e verjaardag van de ondertekening van het Verdrag van Rome, op 27 maart, worden afgerond. Ik ben ervan overtuigd dat, als Europa het vertrouwen van de publieke opinie wil terugwinnen en zich van de steun en het engagement van de mensen wil verzekeren, het onverwijld duidelijke antwoorden op die beide vragen zal moeten aanreiken.

 

De Europese burgers willen geen nieuwe regels of verdragen, maar meer banen, meer veiligheid en meer groei. Zij willen een Europa, dat minder praat en meer doet, een Europa, dat hen kan mobiliseren en trots kan maken, omdat zij tot dat Europese model behoren. Sinds de financiële crisis heeft Europa bij de publieke opinie te veel het imago van een boekhouder. Wij moeten de burgers het gevoel geven dat zij door hun verleden, maar ook door hun vandaag, en vooral door een aantal waarden, er fier op mogen zijn dat zij Europeaan zijn.

 

L'appartenance à l'Europe ne doit pas gommer nos différences culturelles, linguistiques ou autres, car la diversité des États qui la composent est source de richesse. L'architecture du projet européen devrait s'articuler autour d'un espace géographique bien déterminé au sein duquel les peuples peuvent vivre et partager leur diversité.

 

Je vous remercie et je passe la parole à ma chère collègue du Sénat. Madame Defraigne, vous avez la parole.

 

01.02  Christine Defraigne, présidente du Sénat: Monsieur le président de la Commission, madame le ou la commissaire, monsieur le président de la Chambre, chers collègues, mesdames et messieurs, on a maintenant coutume de dire que l'Europe s'est construite au fil des crises. Elle devrait alors être parfaite, car, à l'heure actuelle, ce n'est pas la pénurie de crises, mais plutôt la pléthore, que nous subissons: montée de l'islam radical, attentats terroristes, crise migratoire, chaos en Syrie et en Libye, et, bien sûr, crise économique qui n'en finit pas, avec atonie de croissance dans la plupart des États membres. Et puis, surtout, une crise de confiance des peuples envers l'Union européenne, qui s'est notamment traduite par le Brexit.

 

Bref, nous voilà au cœur de la remise en question des valeurs européennes. Chers collègues, vous avez le droit de me fustiger pour une telle entrée en matière, quelque peu "dépressiogène". Et pourtant, l'Europe est toujours allée de l'avant. On peut apercevoir son avenir coloré, pour autant que la volonté politique y soit. Être optimiste est un devoir moral. Sacrifier la magnifique construction européenne serait suicidaire pour les peuples d'Europe.

 

Laten we vooruitkijken. Laten we een Europa van de burgers bouwen, een instelling die staat als een huis. Dat hebben we nodig om meer diepgang te krijgen.

 

De uitbreiding is waarschijnlijk te snel gegaan. Het Europees project moet meer in overeenstemming zijn met de verwachtingen van onze medeburgers. Elkaar vinden in gemeenschappelijke waarden is fundamenteel.

 

Mais aussi partager des ambitions communes. Ainsi en va-t-il par exemple des projets industriels - nous souffrons trop du délitement de notre tissu en la matière -, des projets en matière d'énergie renouvelable, se mobiliser pour une cause commune, celle par exemple de la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Nous avons besoin comme de pain d'une harmonisation de quantité de règles européennes, bien sûr en matière économique, fiscale ou monétaire mais aussi en matière sociale et judiciaire.

 

We moeten komen tot een echt politiek Europa, dat zijn stem laat horen in de wereld. Daarom moeten wij trots de waarden van Europa uitdragen. Wij hebben een echt Europees bewustzijn nodig, een realistisch Europees patriottisme.

 

Quelle est notre identité? C'est probablement ce sentiment d'appartenance à l'Union qui nous manque le plus aujourd'hui. L'Europe, ce n'est pas un statut figé, c'est un processus dynamique.

 

Chers collègues parlementaires, notre pays, par le rôle historique qu'il a toujours joué dans la construction européenne, doit être sans complexe. Il doit faire entendre sa voix, avec un positionnement volontaire, engagé et créatif dans le projet européen.

 

Nous ne gommerons probablement pas un certain niveau sous-régional, ni en Belgique ni ailleurs. Mais nous devons montrer qu'au niveau le plus proche des citoyens - les Régions, les Communautés, les communes -, l'Union européenne peut faire la différence avec ses projets concrets. Elle ne doit pas être un facteur de blocage pour certains investissements, mais au contraire en être la clef dans le moteur. Permettez-moi, comme liégeoise que je suis, de m'exprimer ainsi au moyen d'une métaphore.

 

Europa staat voor het streven om uitdagingen op lange termijn aan te gaan. Daarom is er niet alleen nood aan engagement, maar ook aan concrete oplossingen waarmee wij vooruitgang kunnen boeken. Met 27 landen moeten wij energiek voorwaarts gaan. Wie trager wil gaan, zal de beslissing voor eigen rekening moeten nemen. Wij verenigen de landen die vooruit willen.

 

Monsieur le président, l'Europe à plusieurs vitesses n'a pas ma préférence. Mais il nous faudra peut-être l'assumer: un noyau dur constitué par les États de la zone Euro. Je plaide pour des coopérations renforcées entre ces États sur les questions d'économie, de sécurité ou de migration. Ne faisons pas l'impasse d'une Europe de la défense, ni d'une union des renseignements.

 

Monsieur le président, je m'en voudrais de faire un catalogue de nos défis, de les énumérer ainsi, mais je voudrais adresser, pour terminer, un message qui me paraît fondamental: nous ne rendrons confiance à nos citoyens dans la construction européenne que quand nous aurons réglé la question du dumping social, source d'angoisse et de colère pour nos concitoyens.

 

Het vrij verkeer van diensten binnen Europa moet gebeuren in omstandigheden die niet alleen borg staan voor een gelijke behandeling van de ondernemingen, maar ook voor de eerbiediging van de rechten van de werknemers. Daartoe dient de detacheringrichtlijn te worden gewijzigd.

 

Pour transmettre l'héritage de l'Europe aux générations futures, c'est une vision courageuse, entreprenante à certains égards, une vision très neuve, une vision décapante, loin de certains sentiers battus, que nous devons désormais construire. Je vous remercie.

 

01.03  Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne: Hartelijk bedankt. Mevrouw de voorzitter, mijnheer de voorzitter, mesdames et messieurs les députés et sénateurs, madame la commissaire, chère Marianne, monsieur l'ambassadeur, il avait été prévu que je m'adresse à vous, il y a un mois ou deux. J'ai appris que le président de la Chambre, ce jour-là, était en voyage. Les parlementaires aiment voyager. Puis, j'ai découvert qu'il avait remis à la séance d'aujourd'hui mon intervention devant vous pour une raison simple: c'est son anniversaire aujourd'hui. Au nom de la Commission et de l'Europe, je veux le féliciter!

 

Je l'ai dit à Marianne en voiture, je suis probablement le non-Belge qui connaît le mieux la Belgique. Cela est instructif, cela me permet de comprendre les difficultés, y compris institutionnelles et inter-institutionnelles en Belgique, mais cela me permet aussi de rendre hommage à ce pays que je connais bien, depuis toujours. J'habite à dix-sept kilomètres et demi de la frontière belge. Tous les Luxembourgeois habitent dans une région frontalière mais cela nous permet de mieux comprendre les autres et de mieux nous comprendre!

 

Je voulais d'abord rendre hommage à ce pays que j'aime beaucoup. J'ai découvert cet amour, profond et de complicité pour la Belgique en mars de l'année passée. Nous allons commémorer cette terrible journée en mars. Sachez que l'Europe, tout comme l'année passée, sera à vos côtés ce jour-là.

 

Je sais à qui je m'adresse mais je n'ai pas très bien compris la chronologie de ce matin. J'ai découvert dans la voiture que je suis supposé m'exprimer pendant dix minutes. C'est normalement le temps qu'il me faut pour l'introduction de mon introduction!

 

Je me bornerai donc à l'essentiel pour vous dire d'abord à quel point nous apprécions, à la Commission, le rôle qui fut toujours celui de la Belgique. Les Belges, parce qu'ils sont belges, ont bien compris l'enjeu européen et continental. Nous avons été, les Néerlandais, les Belges, les Luxembourgeois, à l'avant-poste de l'intégration européenne puisque le Benelux a donné une idée, quant à sa sculpture de base, de ce que pourrait être l'Europe.

 

Rares sont ceux qui, aujourd'hui, se rappellent – puisque nous n'étions pas nés – que le Benelux fut créé en 1944, par les trois gouvernements en exil à Londres. Les premières idées sur l'Union européenne étaient, en fait, l'œuvre d'avant-garde de ceux qui venaient d'Europe centrale et d'Europe orientale. Parce que les premiers projets sur l'Union européenne – tel était le titre de leur réflexion – émanaient des gouvernements thèque et polonais en exil eux aussi, à Londres. Nous qui pensons, dans cette partie de l'Europe, que nous sommes des précurseurs – ce qui est vrai pour les trois pays du Benelux –, nous ne le sommes pas. D'ailleurs, dans le document déposé par les gouvernements tchèque et polonais, à Londres, sur le pupitre des grandes nations, ceux-ci disaient, in fine, qu'ils voulaient que les pays de l'Europe occidentale les rejoignent un jour sur ce projet. Le diktat funeste de l'après-guerre ayant voulu que nos amis de l'Europe centrale soient séparés de nous pour toujours, les a empêchés de traduire dans des faits concrets leur idée de base. Mais il faut parfois rappeler à ceux qui jettent un regard condescendant sur ce qu'on appelle toujours et à tort les nouveaux pays membres de l'Union européenne, que l'idée initiale émanait des gouvernements tchèque et polonais.

 

La Commission attache beaucoup d'importance aux contacts réguliers avec les parlements nationaux. Le président de la Chambre a attiré votre attention sur le fait que tous mes prédécesseurs se sont présentés devant vous. Mais lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai demandé aux commissaires de circuler en Europe; de ne pas rester au onzième, douzième, treizième étage – non, le treizième, c'est moi seul – du Berlaymont, mais de circuler; de parler aux parlements nationaux. Les commissaires ont fait 485 visites, depuis le début de notre mandat, aux parlements nationaux, dont six en Belgique, démontrant ainsi l'intérêt que nous portons aux opinions parlementaires nationales. Nous sommes responsables devant le Parlement européen, mais, croyez-moi, nous pensons que nous sommes également responsables – même si cela n'a trouvé aucune traduction institutionnelle dans les traités – devant les parlements nationaux. J'ai toujours considéré, moi qui fut pendant dix-neuf ans premier ministre du Grand-Duché de Luxembourg, que l'Europe ne peut pas se construire contre les nations.

 

Ceux qui s'imaginent que les nations seraient une invention provisoire de l'Histoire apprendront que les nations sont faites pour durer dans leurs différentes déclinaisons. Il y a le niveau national, le niveau fédéral et le niveau régional. Demain, d'ici vingt ans, la vraie compétition n'aura pas lieu entre les États, mais entre les Régions; il faut donc apporter au fait régional toute l'attention qui lui revient.

 

À ma connaissance, si vous me permettez d'employer ce pronom possessif un peu exagéré, je considère que nous sommes aux prises avec ce que j'appellerais une "polycrise". J'ai passé le premier semestre de 2015 rien que sur la crise grecque, qui est éternelle, qui dure, mais qui est en train d'être résolue. Je l'espère pour la Grèce et pour moi.

 

Nous avons constaté que la guerre en Syrie, malheureusement, perdure. Nous avons le problème du Brexit et nous avons un nouveau président aux États-Unis, dont j'ai pu rencontrer hier le vice-président. Il y a crise partout.

 

Commençons par le Brexit, puisque c'est une crise qui nous concerne tous. Je note avec un certain déplaisir, sinon une certaine déception, que dans beaucoup de pays, on considère que cette affaire est réglée. Elle ne l'est pas. Lorsque la première ministre britannique nous fera parvenir sa lettre de divorce, les négociations commenceront. Nous avons deux ans pour nous mettre d'accord sur les modalités de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

 

Voir partir un pays, non pas de moindre importance, parce qu'il n'y a pas de pays de moindre importance, mais un vrai acteur européen du cénacle de l'Union européenne, m'attriste. Il faudra donc que nous réglions cette affaire, non pas avec un cœur rempli du sentiment d'hostilité, mais en sachant que le continent doit beaucoup au Royaume-Uni. Sans Churchill, nous ne serions pas là; il ne faut pas l'oublier.

 

Mais il ne faut pas non plus être naïfs. Il faudra que nos amis britanniques comprennent que nous voulons continuer à développer l'intégration européenne, non pas en faisant de l'Union européenne une union chaque jour plus étroite – c'est un poème introductif des Traités de Maastricht et de Lisbonne –, mais pour raffermir les liens entre nous. Il est donc essentiel que celui qui veut pouvoir bénéficier des avantages du marché intérieur respecte les quatre libertés fondamentales, y compris celle qui concerne la libre circulation des travailleurs.

 

Ce sera une négociation difficile qui prendra deux années. Pour trouver un accord sur les modalités de sortie et sur l'architecture future des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, il nous faudra des années. Il faudra que les Britanniques sachent – ils le savent déjà – que leur sortie de l'Union ne se fera pas à coût réduit ou à coût zéro. Les Britanniques sont tenus de respecter les engagements à la confection desquels ils ont pris part. Aussi, la facture sera-t-elle, pour le dire un peu vulgairement, très salée. Il faudra que les Britanniques respectent leurs obligations librement consenties.

 

Nous ne sommes pas à la fin de la crise économique, financière, et j'ose dire, monétaire. Tous les problèmes que nous avons eus ont été résolus, mais ils ne l'ont pas été entièrement et il importera d'apporter à l'euro toute la tendresse institutionnelle nécessaire.

 

Moi, je suis un peu déprimé quand je lis la presse belge, non pas parce que c'est la presse belge mais parce que celle-ci rapporte les propos des hommes politiques belges qui, sur l'Union économique et monétaire, portent un regard qui n'est pas imprégné des développements récents. L'euro, ce n'est pas l'austérité. J'ai été président de l'Eurogroupe pendant huit ou neuf ans. Je n'ai jamais aimé ce discours néolibéral, ce discours fait d'austérité et de rigueur excessive.

 

Je suis contre l'austérité aveugle, raison pour laquelle cette Commission a, au sens noble du terme, flexibilisé l'interprétation du Pacte de stabilité, en ajoutant des clauses d'investissement, des clauses qui concernent des réformes structurelles. Il en résulte, pour ne pas prendre un exemple belge, que l'Italie aujourd'hui peut dépenser 19 milliards d'euros en plus, sans être sanctionnée aux termes du Pacte de stabilité que nous avons modifié, sans le modifier entièrement en ajoutant une dose de lecture, une grille de lecture économique à l'interprétation du Pacte.

 

D'ailleurs, le Pacte fonctionne. Nous avions un déficit budgétaire moyen de 6,3 % en 2009. Nous sommes retombés à un déficit moyen de 1,7 % en 2016, ce qui prouve à l'évidence que, sans austérité, en appliquant une politique de sériosité budgétaire, l'assainissement budgétaire est possible, y compris en Belgique, laquelle a su faire en sorte de ne plus être, à part la dette publique qui reste énorme, considérée comme un pays en manque de progrès budgétaires.

 

J'étais jeune ministre des Finances, en 1991, au moment de la Conférence intergouvernementale sur l'Union économique et monétaire que j'ai eu l'honneur de diriger. À cette époque-là, la Belgique avait un déficit de 13 %.

 

Sur une période de temps relativement courte, réduire un déficit budgétaire énorme à un déficit budgétaire plus acceptable en 2016, 2017 et 2018, relève d'un effort national considérable, dont il convient de féliciter la Belgique.

 

Nous parlons souvent de l'Europe en termes de crises. En fait, je considère que nous sommes insuffisamment fiers des performances de l'Europe. Regardez la carte de l'immédiat après-guerre! Regardez le sort de ceux qui revenaient des champs de bataille et des camps de concentration! Regardez leur courage, qui fut de faire de cette éternelle prière d'après-guerre, "Plus jamais la guerre", un projet politique qui dure et qui, jusqu'à ce jour, sort des effets bénéfiques pour tout le monde.

 

Nous avons créé le plus grand marché intérieur au monde. Nous nous sommes dotés d'une monnaie unique, ce que je n'ai pas pu regretter, puisque le jour où l'euro fut introduit, nous n'avons pas perdu le franc belge mais nous nous sommes libérés d'une suprématie belge qui devenait insupportable. En effet, le gouvernement belge, dans sa non-sagesse, en février 1982, avait décidé de dévaluer le franc belgo-luxembourgeois sans demander son avis au gouvernement luxembourgeois. Pour moi, ce fut un argument en faveur de la création d'une monnaie unique, qui faisait d'un partenaire impuissant un co-acteur et un copropriétaire actif d'une monnaie unique.

 

Mais nous parlons de ces choses-là sans faire référence - Mme Defraigne vient d'y faire allusion - à l'Europe sociale. L'Europe sociale est l'enfant pauvre de la construction européenne; non pas que rien n'aurait été fait dans ce domaine. Il y a des directives sur l'égalité entre les hommes et les femmes qui ont poussé les législateurs nationaux à faire ce dont ils n'avaient pas vraiment envie. Nous avons de multiples directives en matière de santé, de sécurité au travail.

 

Mme Thyssen est en train de construire, je ne dirais pas ex nihilo, mais à partir de pas grand-chose, un pilier des droits sociaux en Europe. Pour moi, c'est une exigence de notre temps, qui demande beaucoup d'ardeur dans notre effort collectif de réconcilier les citoyens de l'Europe avec l'Europe; puisqu'il y a un fossé énorme entre le monde politique européen (la Commission donc – ne parlons pas du Conseil!) et les citoyens européens. Nous le ferons d'une façon qui parlera à ceux qui travaillent, qui font partie de l'Europe et qui ne sont pas des personnes moins nobles que celles qui nous ont entraînés vers une Europe néolibérale, au sens non libéral du terme – parce que l'expression "néolibéral" ne tient pas compte de l'évolution du libéralisme en Europe. Il faut réconcilier les travailleurs avec l'Europe, ce à quoi Mme Thyssen s'attache avec beaucoup de courage.

 

C'est dans cette veine que nous avons introduit – enfin, que Marianne a introduit – une révision de la directive sur le détachement des travailleurs.

 

L'Europe, ce n'est pas le dumping fiscal. Nous nous attelons à une tâche ardue, qui consiste à re-réglementer les paysages fiscaux en Europe pour éviter le dumping fiscal que les Belges et les Luxembourgeois connaissent bien pour l'avoir pratiqué pendant un certain moment.

 

Il faut lutter contre le dumping social. Il n'est pas normal qu'en Europe, ceux qui viennent travailler en Belgique notamment - où le problème du détachement est connu - ou en France ou au Luxembourg, soient moins bien traités et moins payés que ceux qui travaillent à leurs côtés dans la même usine, dans la même fabrique, dans le même bureau. Nous avons reçu des cartons jaunes, originaires de onze parlements, mais nous avons répondu à ces questions qui nous furent posées. Il ne faut pas croire qu'en matière de détachement, on puisse invoquer des arguments de subsidiarité. Moi, je suis un grand fanatique de la subsidiarité. C'est la doctrine sociale de l'Église. Mais Aristote, il faut le dire aux démocrates-chrétiens, a été le premier démocrate-chrétien, parce que c'est lui qui a inventé le principe de subsidiarité. Il faudra qu'au niveau des Régions et des collectivités locales, les choses soient faites, affaires pour lesquelles les ministres-présidents régionaux et les bourgmestres dans nos villes et communes sont plus compétents que les commissaires et les fonctionnaires de la Commission. Mais le détachement n'est pas une question de subsidiarité. S'il y a une question qui est de solidarité, c'est le travail transfrontalier. Donc, il faut lutter contre le dumping social.

 

Je dirai un mot du CETA, puisque cela a agité le monde politique européen.

 

Oui, oui! Je vous avais dit qu'il me fallait dix minutes pour faire la première partie de mon introduction. Je respecte le parlement, mais les premières questions qui me seront adressées consisteront à dire: "Vous n'avez pas parlé de ceci ou de cela".

 

Donc, je vais parler du CETA pour dire que, sur ce point, il faudra que la Belgique se ressaisisse - non pas pour parler du contenu, mais pour parler de la méthode. Je n'ai pas aimé les critiques, notamment émises dans le sud du pays, qui reprochaient à la Commission de ne pas avoir su écouter le parlement de Namur. C'eût été le devoir du gouvernement central et des gouvernements des différentes Régions de se mettre d'accord, au lieu d'insulter la Commission. Nous ne sommes pas là pour faire le travail de la Belgique. La Belgique doit faire elle-même son travail. Donc, je ne vous parlerai pas des effets bénéfiques de l'accord avec le Canada. Je respecte les compétences des Régions, mais elles ne sont pas l'interlocuteur normal de la Commission. Nous nous sommes infiltrés dans le dossier pour qu'un accord intra-belge puisse intervenir, lequel nous a permis de conclure ce dossier difficile.

 

Je ne vous dirai pas que la Belgique profite pleinement du Plan d'investissement européen qui, lorsqu'il fut inventé, s'appelait le "Plan Juncker", parce qu'on pensait que le plan ne fonctionnerait jamais. Donc on voulait pré-identifier l'auteur du "crime". Maintenant, cela fonctionne, y compris en Belgique. C'est maintenant le Plan d'investissement européen.

 

Je vous remercie. (Applaudissements)

 

01.04  Siegfried Bracke, président de la Chambre: Je vous remercie beaucoup, monsieur le président.

 

Chers collègues, nous sommes sous la pression du temps.

 

Ik stel voor — u kent allemaal voldoende de materie — dat iedereen zich beperkt tot één belangrijk aspect, gedurende één minuutje, zodat de voorzitter nog de kans krijgt te antwoorden. Ik respecteer de volgorde van de fracties. Ik stel voor dat u zich bij het begin van de vraag voorstelt en zegt tot welk parlement en welke fractie u behoort.

 

U hebt het woord, mijnheer Luykx.

 

01.05  Peter Luykx, N-VA, Kamer: Welkom in het Federale Parlement, mijnheer de voorzitter. Voor Europa is het spitsroeden lopen. In het vooruitzicht van de top in Rome is het inderdaad nodig om na te denken over de toekomst. Sommige uitdagingen, zoals de brexit en de crisissen, kunnen daarin een katalysator zijn. De Vlaamse regering heeft al een tienpuntenplan uitgewerkt met een visie over Europa en, onder andere, strategische internationale handelsakkoorden, die u zeer belangrijk vindt.

 

Hoe zien wij die toekomst? Moeten wij die op lange termijn zien? Moeten wij evolueren naar een soort van institutionele eurofiele luchtkastelen of moeten wij ons focussen op een pragmatische aanpak en concrete resultaten, een soort van Zweedse coalitie op Europees niveau, waarbij, net zoals in België, een institutionele standstill gerespecteerd wordt om ervoor te zorgen dat de aanpak op het terrein concreet voelbaar wordt?

 

Mijnheer Juncker, u hebt verwezen naar het belang van de nationale lidstaten, de regio’s en hun eigen identiteit. Hoe zult u in de toekomst omgaan met die regionale entiteiten, die misschien wel een lidstaat worden in Europa, zoals Catalonië, Schotland en Vlaanderen?

 

01.06  Stéphane Crusnière, PS, Chambre: Monsieur Juncker, je vous remercie très chaleureusement pour votre venue devant notre assemblée. Vous avez dit, lors de votre installation, que cette Commission serait celle de la dernière chance. Il est donc important que nous puissions débattre aujourd'hui.

 

Notre groupe a toujours eu un message fédéraliste tout en plaidant pour une autre Europe, celle qui protège et permet le progrès social et non pas celle de l'orthodoxie budgétaire qui bloque la moindre relance et les investissements publics, ni celle de l'Europe de l'inaction qui conduit les travailleurs européens à se mettre en concurrence déloyale.

 

Ma première question est toute simple. Comment voyez-vous l'évolution de la position belge dans ce cadre? Trouvez-vous que la Belgique participe activement à mettre en œuvre cette autre Europe, quand on voit par exemple que le gouvernement actuel bloque la coopération renforcée sur la TTF?

 

Dans la préparation du sommet de Rome, qui aura la lourde tâche de se pencher sur l'avenir de l'Europe, on semble trop souvent se résumer à parler du Brexit. Vous avez fait un mini-bilan de votre action, mais quels sont vos priorités et vos projets novateurs pour faire avancer et relancer le projet européen, oserais-je dire le rêve européen? Nous pensons à la TTF, à la relance des investissements publics, à la lutte contre les dumpings, à la défense des valeurs européennes.

 

Vous dites que l'Europe sociale est le parent pauvre de l'Union européenne. Quelles solutions proposez-vous? Qu'allez-vous mettre en œuvre pour solutionner ce problème?

 

01.07  Richard Miller, MR, Chambre: Monsieur Juncker, au nom du Mouvement réformateur et de mes collègues Mme Jadin et M. Flahaux, je vous remercie de votre présence.

 

Ma question est directe. Notre premier ministre, Charles Michel, est très volontaire au niveau de tout ce qui peut être fait pour un plan d'investissement associant l'État fédéral belge et les entités fédérées belges.

 

Cette démarche s'inscrit bien entendu dans le respect strict des règles budgétaires européennes. Ma question est la suivante, monsieur le président: une réflexion est-elle menée au sein de la Commission européenne en ce qui concerne la comptabilisation des investissements publics qui seraient réalisés dans notre pays?

 

01.08  Vincent Van Peteghem, CD&V, Kamer: Mijnheer de voorzitter, namens de CD&V-fractie wil ik u van harte danken voor uw toelichting. U weet dat België steeds een voortrekker is geweest in het Europese verhaal. Wij hebben altijd heel sterk geloofd in een sociaal-economische unie, in een politieke unie, in een global actor in de wereld.

 

U zei daarnet dat er wel een kloof bestaat met de burger. Dezelfde vraag hebben wij hier ook gesteld aan de heer Herman Van Rompuy, een paar weken geleden. Hij zei dat er eigenlijk geen kloof met de burger is, want dat het Europese verhaal nooit dichter bij de burger heeft gestaan, door de invloed van de Europese regelgeving op het dagelijkse leven van de burger.

 

Vandaar mijn vraag over de paradox die vandaag bestaat. Enerzijds is er heel veel invloed vanuit Europa op het dagelijks leven. Anderzijds zitten wij met het feit dat er een kloof wordt gepercipieerd met de burger. Welke voorstellen zult u doen, ook naar aanleiding van de 60ste verjaardag van het Verdrag van Europa, om dat geloof bij de burger opnieuw aan te wakkeren?

 

01.09  Annemie Turtelboom, Open Vld, Kamer: Mijnheer de voorzitter, in het kader van de brexit-onderhandelingen moeten wij heel aandachtig zijn. Europa mag de komende jaren niet alleen bezig zijn met de brexit-onderhandelingen en mag niet alleen daaruit een strategie ontwikkelen om de Britten af te straffen, om op die manier de rest van Europa bijeen te houden. Op welke manier zult u ervoor zorgen dat er voldoende tijd blijft voor die grote hervormingen, zodat wij naar een Europa en een Europese Unie gaan van de hoop en niet van de angst?

 

Vorige week hebben wij hier in de Kamer unaniem een resolutie aangenomen om de pretoetredingssteun aan Turkije stop te zetten, vanwege de schendingen van de mensenrechten, vanwege de fundamentele schendingen van de persvrijheid. Ik weet dat de Europese Commissie die zaak aandachtig volgt. Is de Europese Commissie ook bereid om effectief de pretoetredingssteun aan Turkije stop te zetten en op die manier ook het moreel leiderschap in de wereld op te nemen, waarvoor wij met deze veranderende situatie toch wel een unieke kans hebben?

 

01.10  Dirk Van der Maelen, sp.a, Kamer: Mijnheer de voorzitter, ook namens de Vlaamse socialisten heet ik u welkom in de Kamer. Ik heb een vraag over internationale veiligheid. Wij moeten in Europa keuzes maken en ik stel voor — het is misschien een beetje uit de mode — om keuzes te maken op basis van feiten. Als wij kijken naar SIPRI-gegevens, dan blijkt dat de laatste 25 jaren de EU-landen minstens drie maal meer aan Defensie hebben uitgegeven dan Rusland. Dat moet volstaan om de militaire veiligheid te verzekeren. Wij zijn bereid om die nog beter te maken. Wat stelt de Europese Commissie voor om een betere coördinatie, om meer integratie op het vlak van Defensie te bewerkstelligen?

 

Ten tweede, ik was heel blij toen ik u vorige week in München hoorde pleiten voor een ruimer begrip dan militaire veiligheid. Ik meen inderdaad in verband met het veiligheidsprobleem van Europa, dat als wij de militaire veiligheid en het probleem in het Oosten geregeld hebben, de grootste onveiligheid voor Europa in de komende decennia komt van een mogelijke destabilisering in Afrika en het Midden-Oosten. Wij moeten een veel grotere inspanning leveren, in plaats van in militaire richting, in de richting van internationale solidariteit met Afrika en het Midden-Oosten. Ik zou van u graag horen wat uw Commissie op dat vlak plant.

 

01.11  Benoit Hellings, Ecolo-Groen, Chambre: Monsieur Juncker, au nom des Verts francophones et flamands, je vous remercie d'avoir remonté les 400 mètres qui séparent notre parlement de votre bureau.

 

Lors de la constitution de l'Europe des droits sociaux, que vous appelez de vos vœux en collaboration avec Mme Thyssen, qui est ici et que je remercie pour sa présence, quels seront les mécanismes contraignants pour les vingt-sept États membres restants, permettant d'apporter une réponse concrète aux six millions de pauvres qui ont émergé dans vingt-six pays d'Europe, à l'exception donc de la Pologne et de la Roumanie, à la faveur des politiques d'austérité mises en oeuvre par l'Union européenne depuis 2008? Je vous remercie.

 

01.12  Georges Dallemagne, cdH, Chambre: Monsieur le président Juncker, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui pour cet échange de vues. Merci aussi à Marianne Thyssen d'être présente. On sait que, parmi les éléments qui sont de nature à relancer la confiance et l'enthousiasme dans l'Union européenne, il y a effectivement l'Europe sociale, mais aussi l'Europe de la défense, de la sécurité intérieure et extérieure.

 

Vous savez peut-être que la Belgique va probablement déposer bientôt une loi de programmation militaire. Il s'agit de s'engager, pour l'avenir, à de gros efforts en matière d'équipement lourd, notamment d'avions militaires.

 

Les directives européennes autorisent déjà une certaine préférence européenne sur des questions stratégiques. Dans le contexte actuel, avec les déclarations américaines de M. Trump sur l'OTAN et sur l'Union européenne, quelles recommandations faites-vous aux Européens, éventuellement à la Belgique, en matière d'achats militaires? N'est-il pas temps d'avoir en ce domaine une industrie de défense intégrée et de donner la préférence aux équipements européens?

 

01.13  Barbara Pas, VB, Kamer: Mijnheer de voorzitter, ik heb een korte vraag over de stijgende Belgische staatsschuld. Hoe verklaart en beoordeelt de Europese Commissie het feit dat België, in het midden van West-Europa, ondanks alle beloftes van verandering, al meer dan twintig jaar structureel en onveranderd Zuid-Europese schuldcijfers vertoont? Is daarvoor een verklaring of een beoordeling van de Europese Commissie?

 

01.14  Marco Van Hees, PTB-GO!, Chambre: Monsieur Juncker, je m'adresse au président de la Commission européenne mais aussi à l'ancien premier ministre et ministre luxembourgeois pendant une vingtaine d'années.

 

The Guardian a dévoilé votre rôle dans le veto que vous auriez mis à la plupart des initiatives en matière de lutte contre l'évasion fiscale. On sait aussi que le Luxembourg, au-delà de l'affaire LuxLeaks, continue de jouer un rôle fondamental comme paradis fiscal. Vous nous dites que c'est de l'histoire ancienne, si j'ai bien compris vos propos.

 

Vous épinglez aussi la Belgique; là je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que la Belgique a aussi des choses à se reprocher en la matière, même si je pense que le niveau du Luxembourg reste sans commune mesure.

 

Aujourd'hui, la Suisse et le Luxembourg sont deux pays qui jouent un rôle incontournable et très grave au niveau de l'évasion fiscale en Europe et dans le monde.

 

Je cite Gabriel Zucman, un des spécialistes des paradis fiscaux, qui estime que ce rôle joué par le Luxembourg est vraiment dommageable aux finances publiques, en particulier des pays de l'Union européenne. Il va jusqu'à proposer, si le Luxembourg ne change pas sa politique, que ce pays soit exclu de l'Union européenne et que lui soit appliqué un embargo commercial et financier. Que pensez-vous de ces affirmations?

 

01.15  Aldo Carcaci, PP, Chambre: Monsieur le président Juncker, selon Charles Michel, notre premier ministre, une Europe à deux vitesses serait envisageable alors qu'une Europe à plusieurs vitesses serait un clash total. Qu'en pensez-vous?

 

J'aimerais vous poser une question au sujet des sanctions à l'encontre de la Russie. Elles sont à mes yeux contre-productives car elles pénalisent, avant tout, les producteurs belges et européens. De plus, le changement à la tête des États-Unis et le rapprochement entre le président Trump et Poutine fait que l'Europe va se retrouver hors-jeu dans le monde et pour occuper la place qu'elle mérite dans toutes les discussions de politique internationale. Pensez-vous lever ces sanctions et à quelles échéances?

 

Le président: Je donne la parole au coprésident de notre comité d'avis, M. Mahoux.

 

01.16  Philippe Mahoux, PS, Sénat: Monsieur le président Juncker, le comité d'avis est constitué de parlementaires de la Chambre, du Sénat et du Parlement européen. Mais je crois que vous le savez.

 

J'ai deux questions contrastées, dont l'une intéresse peut-être moins le citoyen que l'autre. Nous entendons beaucoup dire qu'il faudrait une nouvelle étape institutionnelle, une révision des traités. En même temps, j'ai entendu la présidente du Sénat rappeler, en contraste peut-être avec la dernière intervention, que les traités ne sont pas exploités au maximum, c'est-à-dire que les coopérations renforcées à géométrie variable qu'ils prévoient ne sont pas assez utilisées. Je voudrais avoir votre point de vue à cet égard.

 

Le deuxième point intéresse davantage le citoyen. Ce n'est pas parce que Mme Marianne Thyssen est là, mais cela concerne quand même le détachement de travailleurs. Les parlementaires voyagent, mais souvent pour travailler, monsieur le président. On constate, en voyageant en Europe, que selon l'endroit de l'Europe où on se trouve, les avis sur cette directive de détachement sont divergents. Légitimement, ces points de vue s'expriment de manière différente.

 

Mais pour nos concitoyens, en termes d'adhésion ou de répulsion par rapport à l'idée européenne – il faut aller jusque-là –, cette problématique de détachement de travailleurs et donc de dumping social est un élément fondamental. J'aimerais donc avoir votre point de vue à cet égard, y compris en ce qui concerne un calendrier pour ce qu'on espère, c'est-à-dire l'adoption de la modification de la directive.

 

De voorzitter: Collega's, ik dank u allen voor uw beknoptheid. In der Beschränkung zeigt sich erst der Meister.

 

Je donne la parole à M. le président Juncker.

 

01.17  Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne: Vielen Dank, mijnheer de voorzitter. Je n'oserais pas dire qu'il y a trop de groupes parlementaires en Belgique, puisque c'est sa diversité démocratique qui s'exprime dans de telles occasions, mais vous ne vous rendez pas compte que vous m'avez posé vingt-quatre questions. Je vous avais averti du fait que vous m'interpelleriez sur tout ce dont je n'aurais pas parlé. Je laisse tout de même de côté les questions auxquelles j'ai déjà, même brièvement et trop sommairement sans doute, répondu.

 

Il me faudrait une demi-heure pour répondre à notre ami du PTB, parce que je devrais vous expliquer les méandres du paradis fiscal belge, dont j'ai une connaissance intime, ne fût-ce que, parce que, lorsque j'étais jeune ministre des Finances, nombreux étaient ceux qui frappaient à ma porte pour me dire: "Si vous ne faites pas cela, nous allons en Belgique parce que les Belges nous ont offert ceci et cela." Donc, ne donnez pas de leçon aux autres, s'il vous plaît!

 

(…): (…)

 

01.18  Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne: Oui, le PTB n'est pas la Belgique et, d'ailleurs, la Belgique ne sera jamais le PTB!

 

Mais, je veux vous dire, cher ami, qu'à chaque fois, et ce n'est pas une blague, que l'Europe a engrangé de notables progrès en matière d'harmonisation fiscale, cela a été fait sous présidence luxembourgeoise, et notamment sous les miennes. Je pourrais vous provoquer en vous demandant de m'expliquer le régime européen en matière de TVA et d'accises. Cela a été fait le 24 juin à 7 h 45, le lendemain de la fête nationale luxembourgeoise, parce que j'ai présidé l'ECOFIN le 23 et le 24. Jamais, on n'oserait demander à un ministre français des Finances de présider un Conseil le 14 juillet. Cela n'aurait pas lieu. Mais les petits États membres ont des contraintes que les autres ignorent.

 

En 1997, président de l'ECOFIN, j'ai lancé une feuille de route en matière d'harmonisation fiscale portant sur les entreprises et sur la fiscalité de l'épargne. Lorsque j'ai décidé de mettre un terme au secret bancaire luxembourgeois, les ministres des Finances belges devenaient excités (…).

 

Je ne parle pas de toi, Steven! Ah, je constate qu'il n'est plus là. Lorsqu'il a entendu la question sur le paradis fiscal luxembourgeois, il a pris la fuite immédiatement.

 

Les ministres belges découvraient qu'il y avait un secret bancaire autrement plus solide en Belgique qu'au Luxembourg. Mais je passe là-dessus parce que cela me conduirait vers des propos, non pas blessants mais trop extensifs.

 

Je veux répondre à plusieurs questions. D'abord sur la question institutionnelle que plusieurs de nos collègues ont posée. Je crois que le moment n'est pas venu pour lancer l'Europe dans un débat institutionnel. Cela n'intéresse pas les gens. Cela peut intéresser la Commission, le président du Conseil que je verrai dans une demi-heure, le Parlement européen, les parlements nationaux et fédéraux mais cela n'intéresse pas les gens.

 

Ils ont d'autres soucis. Que faisons-nous pour rapprocher l'Europe du citoyen? Le fossé énorme entre l'Europe et les citoyens est aussi le résultat des vingt-huit fossés nationaux qui existent entre le pouvoir politique, dans nos pays, et les peuples d'Europe. Il n'est pas vrai que la distance entre l'Europe et les citoyens serait énorme alors qu'elle serait de dimension très réduite dans nos systèmes nationaux. Vous savez très bien que tel n'est pas le cas.

 

Nous avons dit, en commençant notre mandat, qu'il faudrait que l'Europe soit grande sur les grandes choses, to be big on big things and small, modest and timid on smaller things. La Commission que je préside lance 23 nouvelles initiatives par année. La Commission précédente lançait 130 nouvelles initiatives par an. Nous nous concentrons sur les choses essentielles: l'Europe numérique, l'Europe du marché des capitaux, l'Europe de l'énergie, l'Europe de la défense. Les soucis que rencontrent les segments montrent que l'Europe s'occupe des choses essentielles, et non pas de ces nitty-gritty quotidiens où nous emmerdons les gens sans apporter de vraies solutions à leurs problèmes.

 

Personne ne m'a posé la question de l'ecodesign. Il y a des Verts, tout de même, ici, non? Oui, voilà! Mais là encore, nous avons aboli ce qu'il ne faut pas faire en Europe, et nous nous sommes concentrés sur l'essentiel.

 

La question de la défense est essentielle. Plusieurs d'entre vous l'ont posée. Voyez-vous, je ne suis pas très enclin à lire le monde à travers les lunettes d'un général. Lorsque vous avez été premier ministre luxembourgeois, vous avez, par rapport aux forces armées, qui chez nous ne se mettent même pas au pluriel mais au petit singulier, une approche différente. L'armée luxembourgeoise, c'est 771 soldats, ministre de la Défense compris. Je n'ai donc jamais voulu trop intervenir dans ce débat, mais maintenant, en Europe, je dois le faire. Ce n'est pas une compétence immédiate de la Commission, puisqu'elle relève des États membres. Nous avons en Europe 180 systèmes d'armement. Les Américains en ont 30. Nous dépensons la moitié du budget militaire des États-Unis, mais nous n'avons un taux d'efficacité – efficiency – que de 12 %. Il faudra donc que nous mettions nos marchés publics ensemble lorsqu'il s'agira d'acheter des systèmes d'armement. Nous pouvons épargner entre 25 et 100 milliards d'euros par année si nous nous concentrons sur l'essentiel et si nous faisons en sorte de mieux coopérer.

 

M. Miller m'a interpellé. Je regarde régulièrement la télévision belge, parce que vous êtes parmi ceux qui m'empêchent de dormir le dimanche matin, comme je navigue entre RTL et la RTBF. Les deux émissions se valent. Il y a trop de monde et trop de disputes. Donc, il est très difficile de les suivre, même si l'on a une bonne connaissance de la langue de Voltaire. Mais je regarde ces émissions depuis mon lit, parce que, le dimanche matin, je ne vais pas à la messe; je dors! Enfin, il ne faut pas raconter cela au parti, mais eux non plus ne vont plus à la messe le dimanche matin. Ils devraient d'ailleurs prier plus souvent pour eux-mêmes et pour nous.

 

J'applaudis les intentions de Charles Michel, qui a lancé ce pacte d'investissement en Belgique, entre le pouvoir central – si j'ose dire – et les entités fédérées.

 

Nous avons déjà introduit dans la grille de lecture du Pacte de stabilité une clause d'investissement dont peuvent bénéficier les États membres qui prennent cette direction. Toutefois, exclure de prime abord les investissements de l'application du Pacte de stabilité revient à ouvrir la boîte de Pandore. Comme nous avons proposé un Plan européen de Défense, j'ai proposé d'exclure de l'application du Pacte les sommes nationales qui seraient dédiées à la recherche militaire, laquelle atteindra 500 millions d'ici quelques années. Pourquoi ne pas en exclure les dépenses relatives à l'aide au développement? Ainsi que je l'ai expliqué hier au vice-président américain, cette vue rétrécie et exiguë des politiques de stabilité, qui consiste à uniquement regarder la politique de Défense, est une perception incomplète de l'organisation de l'avenir du globe. La stabilité et les dépenses affectées aux politiques humanitaires et de développement servent au même titre que les dépenses militaires.

 

Tout comme Charles Michel et le gouvernement belge, je suis favorable à un recours plus fréquent aux coopérations renforcées. Si vous appelez cela "Europe à plusieurs vitesses", nous l'avons déjà. Je ne peux plus accepter, notamment sur les questions migratoires, que certains États membres ne participent pas à l'exécution des décisions à l'adoption desquelles ils ont contribué. Par conséquent, je ne veux plus que des États membres puissent bloquer ceux qui souhaitent aller plus loin, reflétant en cela les ambitions des citoyens qu'ils représentent dans les parlements nationaux.

 

Le rôle de la Belgique est essentiel, parce que, pour être compliquée à ce point, elle peut mieux comprendre les richesses et la diversité des autres. J'accorde une importance énorme – comme je suis les travaux des parlements flamand, bruxellois et wallon – à la vivacité de la réalité régionale dans les États organisés d'une façon semblable à la Belgique. En effet, aucun pays en Europe n'est organisé d'une manière aussi compliquée que la Belgique. L'inspiration régionale constitue une dimension essentielle. La Commission y apporte toute l'attention requise.

 

En ce qui concerne l'Afrique, nous avons lancé un plan d'investissement extérieur portant sur 44 milliards, investissements à réaliser par des entreprises et des États européens en Afrique. Il ne suffit pas de sauver la vie des malheureux qui traversent les océans, il faut lutter contre les causes de la migration, là où les causes peuvent être combattues. Il faudra donc que l'Europe investisse plus en Afrique puisque l'Afrique est un continent d'avenir.

 

L'Europe est un continent vieux. L'âge moyen des Européens est de 44,3 ans. D'ici trente ans, nous serons encore plus vieux que tous les autres alors que l'Afrique reste jeune puisque l'âge moyen des Africains est de 23,2 ans.

 

L'Europe est en train de perdre la course démographique. Au début du XXe siècle, les Européens représentaient 20 % de la population globale. À la fin de ce siècle, il y a 4 % d'Européens sur dix milliards. L'heure n'est pas à nous diviser en catégories nationales, voire provinciales; l'heure est venue de nous renforcer en travaillant ensemble.

 

(Applaudissements)

(Applaus)

 

01.19  Marianne Thyssen, commissaire européenne: Monsieur le président, je vous remercie. Si vous me le permettez, je m'exprimerai en néerlandais.

 

Ik zou u eerst en vooral willen danken. Ik zou het Belgische parlement en de regioparlementen willen danken voor de steun voor het voorstel om de richtlijn inzake detachering van werknemers aan te passen.

 

Wij hebben een voorstel gelanceerd. Ik heb dat kunnen lanceren met de heel harde steun van de voorzitter van de Commissie. Het is een gefocust voorstel, zoals u weet. Het gaat specifiek over de verloning in het stelsel van de detachering.

 

De essentie is dat de regels inzake verloning die algemeen van toepassing zijn op lokale werknemers, ook van toepassing moeten zijn op gedetacheerde werknemers. Voor ons is dat een kwestie van rechtvaardigheid en duidelijkheid in de wetgeving. Wij willen ervoor zorgen dat de wetgeving op die manier goed afdwingbaar wordt.

 

Ons voorstel is een evenwichtig voorstel. Ik wil eraan herinneren dat het niet gemaakt is – wat soms wordt gedacht in sommige andere parlementen – om een kloof te maken tussen het ene deel van Europa en het andere. Het is precies omdat er een kloof was, en omdat het vertrouwen van de burgers in het vrije verkeer van werknemers en de detachering aan het wegkwijnen was, dat wij dit voorstel hebben gemaakt.

 

Wij hebben het vertrouwen van de burgers nodig om gedetacheerde werknemers, en vrij verkeer van diensten en personen ook in de toekomst te kunnen garanderen. Daarom moeten wij ervoor zorgen dat alles verloopt volgens rechtvaardige regels. Dit past ook helemaal in ons streven naar meer convergentie in Europa en zoals u weet, moet dit opwaartse convergentie zijn. Samen met de handhavingsrichtlijn en het platform tegen zwartwerk moet dit ervoor zorgen dat die rechtvaardigheid er komt.

 

Er was ook een vraag naar de kalender en wanneer wij dit verwachten. Er wordt heel hard gewerkt door de twee wetgevers: het Europees Parlement enerzijds en de Raad van Ministers anderzijds.

 

Le calendrier du Parlement européen prévoit un vote en Commission de l'Emploi à la fin du mois de juillet de cette année. Au Conseil, nous continuons de travailler. La présidence maltaise croit qu'elle peut arriver à une approche globale pour la fin de son mandat de présidence du Conseil. Espérons que tout cela se déroule comme prévu. Nous pourrions alors commencer le trilogue cette année.

 

Le deuxième dossier lié à la mobilité des travailleurs est la coordination de la sécurité sociale. Nous avons émis une proposition, mais nous devons encore nommer un rapporteur au Parlement européen. Au Conseil, nous avons déjà commencé les travaux. J'espère, s'il y a de la bonne volonté, que nous pourrons progresser.

 

En tout cas, nous sommes prêts à faire ce qui nous est demandé pour aider, pour supporter, pour jouer le rôle que nous pouvons encore jouer dans la progression de ces deux dossiers. Je vous remercie.

 

De voorzitter: Dank u, mevrouw Thyssen.

 

Collega’s, ik denk dat ik uw tolk mag zijn als ik mijn dank uitspreek ten aanzien van de heer Juncker, voorzitter van de Europese Commissie, voor de ideeënuitwisseling die we hier hebben gehad. Het viel mij ook op dat onze parlementsleden zich echt kunnen beperken tot een minuut.

 

Et vous, monsieur Juncker, n'avez pas évité de donner de vraies réponses. Vous avez même fait du parler-vrai et parler-franc et je ne peux que vous remercier de tout cœur pour votre présence ici.

 

Puis-je vous demander de me rejoindre ici avec la présidente du Sénat au milieu de cet hémicycle et je vous remets, en souvenir de votre visite, une médaille de notre parlement.

 

(Voorzitter Siegfried Bracke overhandigt de medaille van het Belgisch Parlement aan de heer Jean-Claude Juncker onder levendig applaus van de vergadering)

(Le président Siegfried Bracke remet la médaille du parlement belge à M. Jean-Claude Juncker sous les vifs applaudissements de l’assemblée)

 

De openbare commissievergadering wordt gesloten om 12.13 uur.

La réunion publique de commission est levée à 12.13 heures.