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Bulletin n° : B123 - Question et réponse écrite n° : 2211 - Législature : 54


Auteur Philippe Blanchart, PS
Département Vice-premier ministre et ministre de la Sécurité et de l'Intérieur, chargé de la Régie des Bâtiments
Sous-département Sécurité et Intérieur
Titre La situation des écoles considérées comme liées au mouvement güleniste.
Date de dépôt17/05/2017
Langue F
Publication question     B123
Date publication 27/06/2017, 20162017
Statut questionRéponses reçues
Date de délai20/06/2017

 
Question

Vous avez déjà eu l'occasion d'être interrogé sur la menace qui plane à l'encontre des écoles considérées comme liées au mouvement güleniste depuis le coup d'état avorté en Turquie. En effet depuis cette tentative de coup d'état, le président Erdogan exhorte les pays à fermer ces écoles. Plusieurs pays ont fermé récemment ces établissements en invoquant une raison de sécurité nationale. Ce mouvement prend donc de l'ampleur. En outre, le référendum en Turquie sur l'extension des pouvoirs du président cristallise considérablement les tensions au sein de la communauté turque de Bruxelles. Les menaces de mort ou d'agression contre des membres de la communauté turque semblent augmenter. 1. Plusieurs menaces avaient déjà été proférées à l'encontre des familles dont les enfants fréquentent les écoles belges financées par le réseau Gülen, et plusieurs de ces familles ont enlevé les enfants de ces écoles par peur de représailles. L'année scolaire est bien entamée et touchera bientôt à sa fin. Pouvez-vous faire le bilan de la situation au regard du contexte actuel notamment par rapport au nombre et au type de menaces et de plaintes? 2. Vous avez invité les partisans pro-Gülen à ne plus porter plainte auprès de la police mais de passer directement par l'avocat de Fedactio afin de notamment mieux pouvoir évaluer la situation, qu'en est-il? 3. Une réévaluation a-t-elle été faite par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) depuis l'actualité récente? 4. Des dispositions spécifiques ont elles été prises par notre gouvernement pour évaluer et assurer la sécurité de ces familles notamment menacées via les réseaux sociaux?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B129
Date publication 04/09/2017, 20162017
Réponse

Un mot sur la situation en général. Peu après le coup d'État déjoué en Turquie en juillet 2016, plusieurs incidents ont été relatés en Belgique (vandalisme, menaces, graffitis, perturbations de l'ordre public, etc.) visant potentiellement des individus et/ou des écoles ou organisations ayant un lien avec le mouvement de Fethullah Gülen. Les informations enregistrées les plus récentes concernent surtout des menaces et des intimidations publiées sur les réseaux sociaux (essentiellement Facebook). Des identités et adresses de potentiels sympathisants Gülen y ont été diffusées, parfois accompagnées d'appels "entreprendre des actions" à l'encontre de celles-ci. Il n'est cependant pas toujours possible d'identifier immédiatement les auteurs de tels messages. Du contexte ainsi que de l'esprit émanant de ces messages, l'on peut malgré tout déduire qu'ils sont surtout publiés, semble-t-il, par des sympathisants de l'AKP et/ou de la mouvance (ultra) nationaliste turque. Les réseaux sociaux offrent en effet une plate-forme de propagation relativement facile d'idées radicales ou de menaces. Un certain nombre de ces messages ont pour but essentiel de provoquer, d'intimider ou de susciter des réactions. Il reste difficile d'estimer dans quelle mesure une opinion publiée sur ces réseaux peut effectivement aboutir à un passage à l'acte. Le langage intimidant ainsi que le caractère personnel de nombreux de ces messages peuvent cependant en effet être perçus comme "menaçants" dans le chef des personnes visées. Il est à noter que les autorités turques considèrent le mouvement Gülen comme l'organisation "terroriste" directement responsable du coup d'État manqué. Des représentants turcs établis en Belgique propagent par conséquent des messages potentiellement polarisants. Ceci pourrait avoir pour conséquence que des individus ou des groupuscules ayant un profil plus "radical" ou des jeunes galvanisés puissent exploiter cette situation tendue afin de passer à des actions plus dures. Le contexte du referendum présidentiel turc du 16 avril ne semble à cet égard pas avoir exacerbé les crispations. 1. Il s'agit des écoles Lucerna pour les néerlandophones et les écoles des étoiles pour les francophones. Ces écoles se situent à Bruxelles, Liège, Charleroi, au Limbourg (Houthalen et Genk), à Anvers et à Gand. En général, selon les informations obtenues, un nombre significatif de désinscriptions est noté. Les désinscriptions sont à situer autour de la moitié, plutôt plus même, des élèves. Les directions des écoles tiennent compte d'une nouvelle diminution en septembre 2017. Concernant les nombres, je peux vous communiquer les chiffres suivants. J'attire d'emblée votre attention sur le fait que ces chiffres sont uniquement indicatifs: il ne semble pas y avoir de signalement systématique de menaces. Parfois, il semble peu clair si la menace concerne spécifiquement une école ou une autre organisation ou personne. Charleroi: quatre faits immédiatement liés aux écoles, "différentes (pas spécifié) menaces" à situer dans le contexte plus large; Liège: pas de faits rapportés; Anvers: quatre faits; Limbourg: douze faits; Gand: sept faits; Bruxelles: n'a pas rapporté de chiffres, mais donne uniquement une réponse descriptive - pas de chiffres, malgré un contact avec Fedactio. Pour cette raison, à savoir la vulnérabilité relative aux données de caractère précise, je n'ai pas repris de chiffres dans la première réponse. 2. Le pic des menaces semble avoir eu lieu durant les grandes vacances 2016, peu après le coup d'État manqué en Turquie. Ce phénomène s'est montré plus présent autour des écoles néerlandophones (au Limbourg) qu'à Bruxelles ou dans les écoles francophones. La région liégeoise semble être moins touchée par le phénomène. 3. La menace à l'égard du mouvement Gülen a été déterminée au niveau 2 (en moyenne). Dans le cadre d'un Iftar organisé le 2 juin 2017 par FEDACTIO (la Fédération des Associations actives, une organisation coordinatrice liée au mouvement Güleniste), l'Organe  de coordination de l'analyse de la menace (OCAM) a réalisé le 1er juin une nouvelle analyse de la menace. À cet égard, il a été fait référence aux intimidations via les médias sociaux à l'adresse de sympathisants de Gülen éventuels, probablement par des partisans fanatiques du PKK ou des ultranationalistes turcs. En dépit du fait qu'il n'y avait pas d'information concrète relative à une menace liée à cet événement, l'OCAM a toutefois fixé le niveau de la menace à 3, parce qu'il s'agit d'une cible facile potentielle qui relève du niveau général de la menace à 3. 4. Des mesures de police administrative ont été prises en concertation avec les bourgmestres et les police locales en vue d'assurer la sécurité des écoles et familles concernées. Une attention particulière a été intégrée dans les programmes de recherche et les patrouilles sur l'Internet, effectués par la police fédérale.

 
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